le «tournant» de la quatrième vague?

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Alors que les indicateurs de l’épidémie évoluent «favorablement», les laboratoires entrent en compétition pour la troisième dose.

Bonjour,

Nouvelles contaminations en baisse, moins d’hospitalisations, les indicateurs de l’épidémie semblent repasser dans le vert. Il est temps car la fatigue pandémique nous menace après dix-huit mois de crise sanitaire. Les gestes barrières sont pourtant toujours nécessaires tout comme la vaccination. Alors que les autorités veulent convaincre les derniers réticents, les labos affûtent leurs armes pour remporter la bataille de la troisième dose avec l’arrivée d’un nouveau concurrent qui espère bien s’imposer, le français Sanofi. La guerre se joue aussi sur les réseaux sociaux, entre les antivax et les médecins «pro vaccins». Ces derniers, insultés et menacés de morts, demandent la protection des politiques.

Bonne lecture,

Camille Lestienne, journaliste au Figaro.

1. L’épidémie s’use et nous use

40% des Français déclarent se sentir plus fatigués qu’avant la crise. fizkes / stock.adobe.com

Fatigue pandémique. Le mot n’est pas une lubie de journaliste. L’OMS l’automne dernier s’en inquiétait déjà après six mois de crise sanitaire. Dix-huit mois après le premier confinement, la «fatigue pandémique» semble s’être installée chez les Français dont 40% avouent se sentir plus fatigués qu’avant la crise. «C’est la succession des épreuves qui use les gens», explique au Figaro un psychiatre. En outre, l’usure est «possiblement majorée par le fait que l’été n’a pas été tel que les gens l’avaient imaginé», note un autre qui redoute des «tensions, une irritabilité, des difficultés de sommeil qui puisent encore plus dans [les] réserves». Les autorités craignent quant à elles une baisse de vigilance sur les gestes barrières.

Des indicateurs rassurants. Le nombre de nouvelles contaminations toutefois continue sa baisse avec 12.828 cas positifs détectés hier contre plus de 17.000 la semaine dernière. À l’hôpital, on compte moins de 11.000 malades du Covid depuis une semaine. «On a une quatrième vague qui évolue favorablement, puisqu’on a baissé de 20% le nombre de cas en une semaine», s’est félicité le directeur général de la Santé Jérôme Salomon sur BFM TV dimanche. Mais prudence, la rentrée pourrait changer la donne. «Nous sommes dans une période décisive, cruciale, un tournant important de cette quatrième vague», a souligné le professeur en rappelant l’importance de la vaccination des derniers réticents. À La Réunion, la situation s’améliore permettant une levée du confinement alors qu’en Nouvelle-Calédonie, après la découverte de trois cas de Covid, un confinement strict a été décrété mardi pour quinze jours. Les autorités ne s’arrêtent pas là: alors que seulement 30% de la population est entièrement vaccinée, la vaccination contre le Covid-19 va devenir obligatoire pour toutes les personnes majeures de la Nouvelle-Calédonie et pour les voyageurs souhaitant se rendre dans l’archipel. «On est en bonne voie», mais «ce n’est pas le moment de relâcher nos efforts» face au Covid-19, a insisté jeudi matin le ministre de la Santé Olivier Véran.

Les chiffres à retenir

  • 2224 malades en soins critiques (- 35 depuis la veille)
  • 10.438 patients hospitalisés (- 208 depuis la veille)
  • 12.828 nouveaux cas détectés en 24 heures
  • 100 décès en 24 heures (115.259 morts depuis le début de l’épidémie)

Source : Santé publique France au 8 septembre

Prudence sur les modélisations. Les décisions politiques de confinement ou déconfinement s’appuient généralement sur les modélisations. L’outil mis en avant depuis le début de la crise sanitaire est souvent sous le feu des critiques quand les prévisions sont déjouées. «Le modèle permet de dire “si l’on ne fait rien, il se passe ça”. Mais comme du coup on fait toujours quelque chose, les prédictions sont toujours faussées!», défend Jean-Stéphane Dhersin, mathématicien au CNRS. De là, un malentendu permanent, notamment avec le grand public peu au fait des complexités de la discipline. Les modélisateurs eux-mêmes appellent à la prudence sur les capacités prédictives de leur travail. Il reste toutefois «un outil crucial pour orienter la décision politique dans un contexte de grande incertitude», argumente Philippe Silberzahn, professeur à Emlyon Business School .

2. Où en est la vaccination?

Plus de 49 millions de Français ont reçu une première injection du vaccin conte le Covid-19. PHILIPPE DESMAZES / AFP

49 millions de primo-vaccinés. L’objectif des 50 millions de vaccinés avec une première dose se rapproche. Aujourd’hui plus de 49 millions de Français ont eu une première injection et près de 70% ont un schéma vaccinal complet. Pour accélérer la vaccination des un peu moins de 10 millions de Français éligibles non vaccinés, la vaccination sans rendez-vous était ouverte le week-end dernier. Par ailleurs, le vaccin Pfizer sera enfin livré aux soignants libéraux à partir du 1er octobre. Les fonctionnaires quant à eux seraient les bons élèves de la vaccination: 82% des agents de la fonction publique sont complètement vaccinés, et 90% sont sur le point de l’être au 1er septembre selon une étude commandée à Ipsos par le ministère de la Transformation de la fonction publique. Les fonctionnaires qui refusent de se faire vacciner représentent eux 7% des effectifs. Jean Castex a confirmé mercredi l’entrée en vigueur le 15 septembre de l’obligation vaccinale pour les soignants et la fin du remboursement des tests antigéniques ou PCR au 15 octobre.

Les chiffres à retenir

  • 49,4 millions de personnes ont reçu une première dose (73,2 % de la population).
  • 46 millions de Français ont un schéma vaccinal complet (68,3 % de la population).

Source : Direction générale de la Santé au 8 septembre

Bataille de labos. Alors que la vaccination progresse dans le monde, la compétition monte entre les laboratoires pour la troisième dose du vaccin. Muscler les forces de ventes, booster les capacités de production, les groupes pharmaceutiques sont sur le pont. D’autant qu’un nouvel acteur prépare son entrée. Le vaccin de Sanofi est dans la dernière phase de ses essais cliniques. Si tout se passe bien, le vaccin à protéine recombinante devrait être disponible au quatrième trimestre 2021. À temps pour que le sérum français tire son épingle du jeu dans la bataille de la troisième dose. L’industrie du vaccin a été complètement chamboulée par le Covid, rappelle Keren Lentschner du service économie du Figaro. «Le Covid a modifié l’équilibre en place, analyse Marie Humblot-Ferrero, associée au cabinet BCG. Si certains grands laboratoires en sortent renforcés, la pandémie a permis l’émergence de nouveaux poids lourds.» Les biotechs se sont imposées, notamment Moderna qui a vu sa capitalisation boursière dépasser celle de ses concurrents BMS ou GSK.

3. Les soignants menacés par les antivax

Les manifestants contre le passe sanitaire se sont encore mobilisés samedi dernier. THOMAS COEX / AFP

Après les ovations, les menaces contre les soignants. Le nombre de manifestants contre le passe sanitaire a beau continuer de baisser — ils étaient 140.000 samedi dernier — la détermination de certains ne faiblit pas et tourne à l’aigre. Le directeur général de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, François Crémieux, porte plainte après des tags injurieux à son encontre. Plus grave encore, des médecins sont menacés de mort. Ils se sont rassemblés mardi pour dénoncer les messages haineux adressés sur les réseaux sociaux ou laissés sur les répondeurs à tous ceux qui ont été identifiés comme des «pro vaccins». «Un procès devra se tenir. La Veuve s’impatiente», peut-on lire aussi dans une tribune anonyme publiée sur le site controversée FranceSoir. Aux médecins qui réclament la protection des politiques, Gabriel Attal a promis une «fermeté absolue». «Ce que je leur dis, c’est que nous ne laisserons jamais passer ce type d’actes (…) Nous ne laisserons rien passer», a assuré le porte-parole du gouvernement.

4. La citation

Si vous êtes économiste comme moi, peut-être avez-vous été assailli(e) par vos proches durant la pause estivale, autour de la question suivante: D’où vient l’argent?

Agnès Benassy-Quéré, chef économiste du Trésor à Bercy

Le Trésor s’amuse. Comme les amis médecins à qui on soumet tous nos maux à l’heure de l’apéro, les économistes sont assaillis de questions pendant leurs vacances. La chef économiste du Trésor à Bercy, Agnès Benassy-Quéré, a choisi de s’en amuser dans son dernier billet. «D’où vient l’argent? »lui a-t-on inlassablement demandé. «L’État semblait désargenté, il essayait de réduire le déficit, menait des réformes en ce sens; et puis soudain, virage à 180°, il déverse des milliards», s’étonne la vox populi à la recherche du «loup». Schémas à l’appui, l’économiste s’est lancée dans une démonstration d’où il ressort que le déficit de l’État et les besoins de financement des entreprises ont été financés en grande partie par l’épargne des ménages.

5. Calendrier, passe et masques

Passe sanitaire. Depuis le 21 juillet, le passe sanitaire est exigé pour se rendre dans les lieux de culture et de loisirs accueillant plus de 50 personnes (cinéma, théâtre, concerts, festivals, etc.). De même pour les restaurants, les bars, à l’intérieur comme à l’extérieur, dans les trains, les cars et les avions, les maisons de retraite et établissements médicaux depuis le 9 août dernier . Les lieux de culte ne sont pas concernés. Il est désormais obligatoire pour se rendre dans les centres commerciaux de plus de 20.000 m², si le taux d’incidence du département est supérieur à 200. Les jeunes de 12 à 17 ans en sont exemptés jusqu’au 30 septembre. Pour rappel, le passe sanitaire n’est pas un certificat de vaccination. Pour qu’il soit valide, il faut être soit totalement vacciné depuis une semaine, soit présenter un test PCR ou antigénique négatif de moins de 72 heures ou une preuve de guérison (un test positif) de plus de 11 jours et de moins de 6 mois. Il se présente sous la forme d’un QR code stocké dans l’application TousAntiCovid ou sous format papier.

Le port du masque est toujours obligatoire dans les lieux clos et à l’extérieur lorsque la distanciation n’est pas possible (marchés, files d’attente, quais de gares, etc.). Certaines communes ont cet été réimposé le masque en extérieur dans certains lieux très fréquentés. Dans les lieux culturels où le passe sanitaire est exigé, il n’est pas obligatoire sauf décision contraire du gérant de l’établissement ou du préfet.

Un certificat pour voyager. Depuis le 1er juillet, les Européens peuvent voyager plus facilement au sein du continent grâce à des preuves certifiées de vaccination ou de tests négatifs rassemblées dans un document unique. En format numérique ou papier. Attention cependant, chaque pays peut continuer d’appliquer des règles spécifiques.

6. Les réflexes à conserver

Le virus se transmet par les gouttelettes et les aérosols. Les gestes barrières détaillés par le ministère de la Santé doivent être observés pour se protéger et protéger les autres:

  • Se laver les mains régulièrement ou utiliser du gel hydroalcoolique
  • Tousser ou éternuer dans le pli de son coude
  • Utiliser des mouchoirs à usage unique
  • Porter un masque dans les espaces publics quand la distance de deux mètres ne peut pas être respectée
  • Respecter une distance d’au moins deux mètres avec les autres
  • Limiter au maximum ses contacts sociaux (6 maximum)
  • Eviter de se toucher le visage
  • Aérer les pièces le plus souvent possible, au minimum quelques minutes toutes les heures
  • Saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades

7. Que faire en cas de symptômes ?

La maladie se manifeste par plusieurs symptômes, le plus souvent la toux et la fièvre.

Le plus important est de se faire tester. Selon les recommandations du ministère de la Santé, vous devez, en cas de symptômes, rester à domicile et contacter votre médecin qui vous prescrira un test. En attendant le résultat, vous devez vous isoler, porter un masque et préparer la liste des personnes que vous auriez pu contaminer. Dans le cas où le test est positif, le projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, prévoit un isolement de 10 jours obligatoire dans le lieu de son choix. Des contrôles seront «assurés par les forces de l’ordre sur une amplitude horaire spécifique, de 8h à 23h», a précisé mardi le ministre de la Santé devant la commission des Lois.

À la semaine prochaine.

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