Interview – Priya Ragu: «Cette première mixtape est une fierté et un travail en famille»

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Publié3 septembre 2021, 19:46

Après avoir conquis la presse internationale et le Montreux Jazz cet été, la Saint-Galloise sortir ce vendredi son premier disque mêlant hip-hop et sonorités du Sri Lanka. Rencontre.

La Suissesse d’origine Sri lankaise vient de sortir ce vendredi 3 septembre sa première mixtape.

Sébastien Anex

Lorsque la Suisse se fait une place dans le R’n’B mondial, on se doit d’en parler. Priya Ragu a marqué les esprits à plusieurs reprises ces derniers mois, que ce soit avec sa chanson «Good Love 2.0» choisie par le jeu vidéo «FIFA 2021» ou lorsque le «New York Times» la classe dans ses artistes préférés de l’année. Ce n’est pas tout, la revue de mode britannique «Dazed Magazine» lui a consacré un article cette semaine et elle a mis le feu au Montreux Jazz Festival le 8 juillet dernier sur la scène du Lac. «Ce show a été mon meilleur moment en 2021. J’étais sur un nuage», nous dit-elle le lendemain de son concert.

Ce vendredi 3 septembre, la Saint Galloise d’origine sri lankaise est prête à faire encore parler d’elle avec sa première mixtape, intitulée «damnshestamil». On y retrouve des sonorités tamoules, soul et hip-hop. Une pépite de dix chansons qui font voyager et danser. «Ce premier disque est une fierté et un travail en famille», confie-t-elle d’emblée. En effet, elle a collaboré étroitement avec son grand frère, Japhna Gold, pour créer cet «univers unique».

Votre mixtape est enfin sortie. Comment vous sentez-vous?

Je suis si reconnaissante de l’avoir produite avec mon frère. Tout vient de la même source, donc il y a une énergie commune que l’on ressent du début à la fin de ce projet. Je suis très fière. On voulait tout publier l’année passée, avant la pandémie. Nous n’avions aucun label et donc aucune promotion n’était prévue. Japhna m’a alors dit qu’il fallait peut-être attendre. Quelque temps après, les maisons disques ont frappé à notre porte. Cela nous a permis de retravailler quelques sons et de peaufiner le tout jusqu’à aujourd’hui.
On y retrouve beaucoup de sonorités différentes.

Oui. C’est un mix de toutes les influences que j’ai pu écouter durant ma vie: la musique tamoule, le hip-hop, la soul ou encore le r’n’b. J’aime aussi écouter de la bossa-nova, du jazz… Je n’ai pas envie de me limiter à un seul genre musical. J’ai envie de garder cette ouverture d’esprit pour créer ce dont j’ai envie.

Vous avez toujours voulu faire ce genre de musique?

Non, absolument pas. Quand j’avais enregistré ma première chanson, elle avait un style R’n’B des années 90. Après ce premier essai, mon frère a voulu essayer quelque chose différent. Je lui ai dit: «Non. Je veux garder ce genre.» (Rires.) C’était un miniclash. Finalement, je lui ai fait confiance. À partir de là, il a mis toute sa passion dans ce projet et nous avons créé ce son plutôt unique. Nous avions trouvé notre formule magique.
Vous avez touché à la musique très jeune, n’est-ce pas?

J’ai commencé à l’âge de 7 ans. Mon père avait décidé que je devais jouer du violon, et j’en ai fait pendant sept ans. J’étais une grande fan de la musicienne Vanessa-Mae. Elle avait un violon électrique blanc et j’ai supplié mon papa de m’acheter le même. Malheureusement, il n’y en avait pas à Saint-Gall, mais il a tout organisé et cela lui a coûté un bras. Une fois que je l’ai eu, j’ai perdu tout mon intérêt pour cet instrument. (Rires.) Faire les allers-retours au conservatoire avec tout le matériel était un enfer.

«Mon père avait un groupe et jouait lors de mariages ou anniversaires. Il avait besoin d’une chanteuse et il a fait un essai avec moi.»

Priya Ragu

Quand avez-vous commencé à chanter?

Mon père avait un groupe et jouait lors de mariages ou anniversaires. Il avait besoin d’une chanteuse et il a fait un essai avec moi. Je ne savais pas comment lire le tamoul, donc mes parents écrivaient les paroles en anglais et je prenais les feuilles avec moi pour interpréter les titres.

Donc votre père vous a toujours incitée à faire de la musique?

Non quand il s’agit de musique venant de l’Occident, il n’était pas favorable. Mon frère a commencé la musique très jeune et il avait plusieurs shows programmés à Saint-Gall. Il était allé le voir et avait remarqué tous ces gens fumer ou se droguer. Il était hors de question que sa fille se retrouve dans cet univers.

Il vous a interdit de monter sur scène?

Oui. J’avais 16 ans. Je me rappelle avoir pris mon courage à deux mains pour chanter en face de mon frère et ses amis. Ils m’ont alors invité à les rejoindre sur scène. J’avais tout écrit dans mon journal intime que j’avais laissé ouvert sur mon bureau. Le jour J, je me préparais à sortir et mon père m’a dit: «Où vas-tu?» Je lui ai répondu que je me rendais à un anniversaire. Il savait la vérité et ne m’a pas laissé mettre un pied dehors.

Est-ce qu’aujourd’hui vous avez son soutien?

Oui. Il est très fier. Il me comprend musicalement et me donne même des conseils. Je suis très surprise. Il peut être aussi très critique. C’est exactement ce dont j’ai besoin: de l’honnêteté. Il a été très ému et heureux après m’avoir vu jouer au Montreux Jazz Festival.

D’ailleurs, lors de ce concert vous avez dit juste avant d’interpréter «Good Love 2.0»: «Je ne serais pas devant vous sans cette chanson.» Vous le pensez vraiment?

«Good Love 2.0» a changé ma vie. Ce titre a ouvert beaucoup de portes. On avait une première version qui était complètement différente. On l’a retravaillé en entier et pendant l’enregistrement je me disais: «Si ce morceau ne marche pas, je ne sais plus quoi faire.» Pour je ne sais quelle raison la radio BBC Asian Network a commencé à jouer la chanson plusieurs fois. Finalement, la DJ irlandaise et star de la BBC (ndlr.: ici, la BBC britannique) Annie Mac l’a entendue et l’a passée à son tour. Après ce moment, les labels se sont intéressés à moi et me voici devant vous. (Rires.) Je vis un rêve. Être capable de faire de la musique en famille et de voir des gens à des concerts écouter mon univers, cela n’a pas de prix. Tout ça me rend fière et heureuse.

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