le GIEC consacre l’urgence d’agir, plus que jamais

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Les experts du groupe de recherche sur le climat ont rendu le premier volet de leur sixième rapport. La tonalité est très alarmiste face un réchauffement plus rapide qu’espéré.

Incendies monstres dans le bassin méditerranéen et en Californie, intempéries et inondations dévastatrices en Allemagne et en Chine… L’été particulièrement froid et pluvieux que connaît la France n’ôte rien à la dynamique actuelle : au niveau mondial, l’été 2021 ne dérogera pas à la nouvelle règle et s’inscrira comme l’un des plus chauds des vingt dernières années. Alors que les effets du changement climatique se ressentent plus intensément que jamais sur toute la surface du globe, les experts du Giec, le groupe international de recherche sur le climat, ont rendu ce lundi un nouveau rapport très attendu sur les scénarios climatiques envisagés.

« Le changement climatique s’intensifie, constate Valerie Masson Delmotte, paléoclimatologue et co-présidente du groupe de travail à l’origine de ce rapport. Il y a une accélération de la montée des mers, une intensification des vagues de chaleur… On peut désormais affirmer que ces bouleversements sont liés au changement climatique accéléré par les activités humaines et l’émission de gaz à effet de serre. Nous sommes dans une période cruciale, car l’ampleur des changements de demain dépendra des choix et des actions d’aujourd’hui. »

« Nous sommes dans une période cruciale, car l’ampleur des changements de demain dépendra des choix et des actions d’aujourd’hui. »

Valerie Masson Delmotte, paléoclimatologue et co-présidente du groupe de travail I du Giec.

Ce texte est la première partie du sixième rapport d’évaluation du groupe d’experts (le premier rapport est paru en 1990, le dernier en 2014). Le premier volet est consacré aux nouvelles évaluations climatiques liées aux émissions de gaz à effet de serre. Le deuxième, qui analysera l’impact pour les écosystèmes, a fuité en juin, mais sa publication n’est attendue qu’en février 2022 ; le dernier volet, prévu en mars, sera centré sur l’adaptation au changement climatique. Cette somme, qui compilera plus de 4 000 pages d’analyse et de travaux, a pour objectif d’évaluer les connaissances scientifiques et l’impact des mesures prises pour limiter la hausse des températures.

Un long marathon qui marquera une étape décisive en novembre prochain avec la COP 26, conférence des Nations unies sur le climat, organisée à Glasgow (Royaume-Uni). « Ce rendez-vous permettra de faire le bilan des accords de Paris de 2015, analyse Lola Vallejo, directrice du programme climat à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). On sait que la plupart des pays ne sont pas en mesure d’atteindre leurs objectifs, et la perspective de réussir à limiter le réchauffement en dessous des 2°C, comme le préconisent les accords de Paris, s’éloigne dangereusement. »

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Un réchauffement inévitable

La trajectoire actuelle nous place sur une trajectoire médiane, d’une augmentation de 3°C. Parmi les cinq scénarios proposés par les scientifiques dans leurs précédents travaux, les hausses envisagées pour la fin du siècle allaient de +1,5°C en limitant drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, à +4,5°C dans la pire des perspectives. « Nous n’évaluons pas dans ce rapport notre place dans ces scénarios, explique Valérie Masson Delmotte. Mais on montre qu’en réduisant maintenant drastiquement les gaz à effet de serre, nous pourrions en voir les bénéfices très rapidement d’ici dix ou vingt ans et limiter ainsi le réchauffement à moins de deux degrés. » Une réduction nette des émissions de méthane et de CO2 pourrait limiter la hausse de température d’ici 2040, mais aussi inverser la dynamique à moyen terme. En revanche, il y a d’autres aspects du changement climatique qui prendront quoiqu’il arrive beaucoup plus de temps. On parle de décennies pour le dégel du permafrost et de siècles pour l’acidification de l’océan en profondeur ou l’élévation du niveau de la mer.

Le réchauffement se ressent déjà avec une augmentation de 1,1°C depuis le début de la période industrielle. Si toute la planète est concernée, ce dérèglement est particulièrement fort au niveau des pôles. À court terme, les précipitations augmenteront sous les hautes latitudes, les tropiques et une grande partie des régions de mousson, mais diminueront dans les régions subtropicales, augmentant les risques de sécheresse. Les événements exceptionnels deviennent ainsi de plus en plus récurrents. Ce qui était rare il y a un siècle deviendra la norme dans les années à venir. Les forts pics de chaleur qui se produisaient une fois tous les cinquante ans au début du siècle se produisent près de cinq fois plus aujourd’hui. Dans un monde à 1,5°C plus chaud, cette hausse serait presque doublée. Dans un monde à 4°C plus chaud, ces événements seraient quasiment systématiques. Les records mondiaux de marées, qui se produisaient une fois par siècle, auront lieu une à deux fois tous les dix ans d’ici 2050.

« Il faut espérer que l’augmentation des catastrophes et la prise de conscience des populations débouchent sur des décisions fortes, et ce, très rapidement. »

Lola Vallejo, directrice du programme climat à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

«Il faut affronter cette réalité avec lucidité, raconte Valérie Masson Delmotte. En tant que scientifique, on s’efforce de transmettre nos connaissances, il ne faut pas négliger que nous avons les moyens d’agir. Les solutions sont là. L’enjeu est de rendre cela possible, pour que les engagements se traduisent en baisse d’émissions. On observe une prise de conscience très forte très positive, particulièrement chez les plus jeunes. » « Il faut espérer que l’augmentation des catastrophes et la prise de conscience des populations débouchent sur des décisions fortes, et ce, très rapidement, juge Lola Vallejo. Le changement de présidence à la Maison blanche a donné un coup d’accélérateur avec une diplomatie américaine très active qui, avec l’Europe, pousse pour des changements en profondeur. Mais de nombreux pays parmi les plus gros émetteurs, comme la Chine ou l’Inde, ont certes fixé des objectifs très ambitieux de neutralité carbone, mais à des horizons trop lointains d’ici 2050 ou 2060. Même s’ils peuvent paraître dans les clous, il est très probable qu’il faille accélérer le processus en prenant des mesures plus fortes dès maintenant ! »

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