récit de l’audience en appel avec deux versions qui s’opposent toujours

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L’appel de l’affaire qui oppose Margaux Pinot à son ancien entraîneur et ex compagnon Alain Schmitt s’est tenu ce vendredi. La judokate a été chahutée par les questions de la partie adverse. Mais l’avocat général réclame la même peine qu’en première instance: un an avec sursis contre Alain Schmitt.

Si Margaux Pinot s’attendait à n’affronter qu’Alain Schmitt aujourd’hui, elle n’a pas connu de un contre un mais plutôt un un contre trois. Seulement témoin – elle ne s’était pas portée partie civile – la judokate n’a pas pu être aidée par maître Rachid Madid, resté assis comme un lion en cage sous les hauts plafonds la salle 2-5 de la cour d’appel de Paris.

Pinot, tout juste de retour de Turquie où elle a pris la troisième place du tournoi d’Antalya, est arrivée la première sur la mosaïque Lex, qui précède la salle d’audience rectangulaire et très bien remplie. Chemise en jean, elle est vite entrée. Blouson, pull kaki, Schmitt débarque de Bulgarie, où il est coach de l’équipe nationale depuis février. Il n’hésite pas à parler quelques minutes, avant de se renfermer au moment des choses sérieuses.

C’est la première fois depuis l’audience du tribunal de Bobigny que les deux se recroisent. Les copains sont venus en nombre. A droite de la salle, les soutiens de la judoka e: Axel Clerget, médaillé d’or olympique dans l’épreuve mixte avec elle, Fanny-Estelle Posvite, médaillée mondiale et européenne, Loïc Korval, champion d’Europe et médaillé mondial, Issam Nour, ex-athlète de l’équipe de France et nouveau coach de Pinot à Montreuil. A gauche, ceux de Schmitt: plusieurs membres de l’équipe de Levallois, multi-titrée aux championnats de France par équipe, dont Dimitri Dragin et Baptiste Leroy. Les regards ne se croiseront jamais entre l’athlète et le coach.

« Pour se cogner à ces endroits-là, c’est compliqué »

Après un long rappel des faits et des auditions par la présidente, Alain Schmitt ouvre le bal. Il est interrogé sur son rapport à l’alcool: « Je buvais presque tous les jours jusqu’en 2018-2019 », confie-t-il. 0,59mg/l d’air expiré de cette nuit de novembre. Comme à Bobigny, il répète sa version: « Margaux explose dans le lit », lorsqu’il est sur le point de rejoindre Roissy et son vol pour Israël, où il doit devenir coach de l’une des meilleures équipes au monde, payé quatre fois plus que ce qu’il touche à l’Etoile Sportive de Blanc-Mesnil, 10.000 euros par mois. Schmitt rejoue une nouvelle fois cette scène de dépit amoureux, où Pinot l’empoigne et où ce couple caché depuis quatre ans (Schmitt est marié) valdingue contre les murs de l’appartement de Seine-Saint-Denis.

La présidente, qui appelle plusieurs fois Margaux Pinot par son prénom, le reprend sur la litanie de blessures constatées sur le visage de son ex, notamment celle des yeux: « Pour se cogner à ces endroits-là c’est compliqué. » Puis c’est au tour de Pinot, qui maintient sa version d’un déferlement de violences, le décrit à califourchon sur elle, de coups de poings, d’une tentative d’étranglement: « J’ai vécu la scène la plus horrible de ma vie. Si je ne m’étais pas enfuie, je serais morte sous les coups, c’est l’instinct de survie qui m’a gardé en vie. »

Le combat Schmitt-Pinot remplacé par un affrontement entre la double championne d’Europe et les conseils de son ancien compagnon: maîtres Malik Behloul et Caroline Wassermann. En compétition, Pinot tombe peu. Cette fois-ci, les attaques venaient des avocats placés dans son dos. Comme dans un randori de judo, les deux avocats semblaient avoir la direction du combat pour emmener Margaux Pinot dans des chausse-trappes, la reprendre sur des versions qu’ils estiment vacillantes. Pas de ippon ou de waza-ari marqué mais une série d’échanges secs, où maître Behloul a appuyé sur les coups qu’aurait reçus Pinot: « Pourquoi pas de trace de strangulation? Je n’ai pas vu de constatation de blessures à gauche du visage. » Behloul, constatation médicales dans une main et déclarations de Pinot dans l’autre, essaie de décoller le récit de la championne des éléments du dossier.

Sa collègue Caroline Wassermann embraye sur le thème du nombre de coups de poings et la mèche de cheveux qu’aurait arrachée Alain Schmitt. Un bout de scalp apparu lors d’une deuxième visite de la police, pris en photo et bougé par Madeleine Malonga, amie de Pinot. Une blessure pas vue aux urgences mais constatée lors d’un deuxième examen médical. Pinot assure qu’elle était bloquée lorsque Schmitt s’est mis à califourchon sur elle. Impossible pour Malik Behloul dans sa plaidoirie: « Je ne sais pas quel être humain n’essaie pas de se protéger quand il reçoit de coups. »

Pendant 30 minutes, sans un pas, il essaie de contrer la lecture de l’avocat général qui réclame un an de prison avec sursis, comme en première instance. Selon lui, l’histoire d’une bagarre dont on n’a pas de preuve, quelques vagues témoignages et l’attitude de son client qui n’est pas celle de « quelqu’un qui s’accroche à la relation mais de celle de quelqu’un qui la fuit ». Il appuie ses paroles par les témoignages de Madeleine Malonga et de la femme d’Alain Schmitt (ils sont en instance de divorce). Son client n’aurait jamais été violent, même après avoir bu. Il termine par: « acceptez-vous qu’une femme puisse mentir? ». Ce sera la dernière technique de ces trois heures d’audience avant une décision le 10 juin. Mais un nouvel épisode attend Margaux Pinot et Alain Schmitt. Leurs routes vont se recroiser à la fin du mois à Sofia, le nouveau fief de Schmitt, à l’occasion des championnats d’Europe. Pinot s’alignera le samedi 30 avril. Schmitt ne sera pas loin dans la salle d’échauffement et au bord des tatamis, il aura le survêtement bulgare sur les épaules, Pinot son judogi bleu-blanc-rouge.  

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