La neige et le gel menacent-ils à nouveau les cultures ?

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DÉCRYPTAGE – Un an pile après les nuits de glace qui ont dévasté des centaines d’hectares, les propriétaires de vignes et d’arbres fruitiers regardent avec inquiétude l’arrivée de la neige et des températures négatives.

Après une semaine printanière, l’hiver est de retour en France. Les premiers flocons sont venus blanchir les plaines et les villes au matin du vendredi 1er avril. «C’est bien une offensive hivernale, analyse Pascal Scaviner, responsable du service Prévisions pour La Chaîne météo*. Nous allons vivre quelques jours un temps du mois de janvier, avec en moyenne des températures cinq degrés inférieures à celles de saison.» Pour le spécialiste, «cela va se dégrader jusqu’à lundi», laissant craindre de fortes gelées en plaines.

Ce phénomène de gel en début de printemps est «inhabituel mais pas exceptionnel». Déjà, en 1991, 2001, 2005, 2008, 2013, 2018 et 2019, un manteau blanc avait recouvert les sols durant les premiers jours d’avril. Il n’est pas moins source d’angoisse pour les agriculteurs. «Avec le gel, on peut tout perdre», témoigne David Feuillette, propriétaire de pommiers et de poiriers à Bonny-sur-Loire (Loiret). Les souvenirs de nuits entières à veiller ses champs à l’aide d’une multitude de bougies hantent encore les agriculteurs.

Dans la nuit du 6 au 8 avril 2021, les propriétaires de vignobles ont veillé sur leurs cultures menacées par le gel. JEFF PACHOUD / AFP
Printemps 2022 : vers une catastrophe annoncée ?

À quelques heures des premiers flocons de neige, au vignoble d’Anne et de Louis Moreau, à Chablis, dans l’Yonne, l’heure est déjà aux préparatifs. Bougies, tours antigel – petites éoliennes qui brassent les différentes couches d’air – plaques chauffantes… «Tout est déjà installé». Le but est de réchauffer l’air aux pieds des plants de vignes. Jusqu’à lundi matin, le couple de viticulteurs, à la tête de 5500 hectares, va guetter d’un œil inquiet les températures : «On a déjà beaucoup souffert l’année dernière avec une perte importante de nos cultures, on ne peut pas se permettre de recommencer cette année».

L’épisode hivernal du week-end du 1er avril peut-il être aussi dévastateur que celui de 2021 ? «Il y a beaucoup de similitudes, analyse Marc Tardy, agrométéorologue pour Météo France. Premièrement, on observe l’arrivée d’une masse d’air froid, venue de Scandinavie, après un épisode printanier. Une situation équivalente à l’année dernière». En effet, en une semaine, début avril 2021, le mercure est passé de plus de 27°C à des températures négatives. Des variations importantes, attendues en ce début de printemps 2022. On comptait, le 24 mars dernier, 19°C à Paris, 18°C à Lille ou encore 16°C Limoges.

Deuxième point en commun, la durée de l’épisode de gel semble être la même. L’année dernière, la glace s’était emparée des vignobles et vergers pendant deux nuits, du 6 au 8 avril. Selon les prévisions météo, l’épisode neigeux devrait commencer jeudi 31 mars au soir et se muer en gel jusqu’au lundi 4 avril au matin. «L’apogée sera lundi matin, les températures atteindront -5°C dans certaines plaines au centre de la France», alerte Pascal Scaviner. Quelques jours durant lesquels les fleurs et les bourgeons vont se figer, en proie aux températures hivernales.

Toutefois, les deux épisodes ne sont pas exactement semblables. Subsistent plusieurs différences qui poussent les météorologues à rester confiants. Contrairement à l’année dernière, l’épisode hivernal 2022 s’accompagne de neige et donc d’un ciel nuageux. «Le ciel couvert peut suffire à faire remonter les températures et à protéger les cultures», poursuit l’agrométéorologue Marc Tardy. De plus, un vent, compris en 20 et 45 km/h est annoncé pour ce week-end, «ce qui a aussi tendance à faire monter la température au sol, évitant à l’air froid de stagner.» Enfin, la vague de froid serait moins étendue que l’année dernière, où elle n’avait épargné aucune région. Le Sud-Ouest et le Rhône devraient y échapper, selon les prévisions. «Les gelées seront moins fortes et moins étendues», conclut Pascal Scaviner de La Chaîne météo. Pour autant, les viticulteurs et arboriculteurs restent prudents.

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Le gel, la bête noire des agriculteurs

«Le gel a toujours été une inquiétude pour les agriculteurs, qui dépendent nécessairement de la météo, note David Feuillette. Mais aujourd’hui c’est devenu une angoisse». En effet, après une période de températures printanières, les bourgeons ont commencé à éclore, et les premières fleurs des arbres fruitiers se sont ouvertes. Un débourrement qui voit sa progression immédiatement étouffée par l’arrivée soudaine du froid et du gel. Ce qui menace les cultures et leur rendement au printemps et en été prochain.

En avril 2021, un épisode hivernal avait gelé et condamné des centaines d’hectares de cultures et de vignobles. David Feuillette, Vergers des Beaumonts / LE FIGARO.

«En une nuit, vous pouvez perdre 100% de votre récolte, expose David Feuillette. En 1991, tout avait gelé. On a mis 10 ans à s’en remettre». L’arboriculteur craint que des cueillettes gâchées plusieurs années de suite aient des conséquences financières désastreuses. «On a la capacité à subir des pertes, c’est normal, mais pas totales et pas tous les ans.» L’année dernière, entre 40 et 100% des cultures de pommes, poires, prunes, cerises, sans oublier le raisin, ont été détruites. Malgré l’amour qu’il porte à son métier, David Feuillette est inquiet : «À ce rythme-là, nos cultures seront de plus en plus en danger».

*La Chaîne météo est une propriété du groupe Figaro.

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