La conduite sans les mains: cet été en Europe, en 2023 en Suisse

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Publié6 mars 2022, 17:14

Alors que le vieux continent autorisera la conduite autonome de niveau 3 en juillet, le Conseil fédéral est encore en train de réglementer la chose. On fait le point.

Avec le niveau 3, le conducteur pourra complètement lâcher le volant et même vaquer à d’autres occupations (surfer sur son téléphone, lire le journal, regarder un film…)

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La promesse d’un véhicule qui se pilote tout seul… Les constructeurs ont beau nous faire miroiter depuis quelques années cette douce vision du futur, on ne voit rien venir. Ou plutôt, on ne «voyait» rien venir. Car les choses semblent enfin bouger. Pour en observer les changements, il va toutefois falloir dans un premier temps braquer nos regards de l’autre côté de nos frontières. La semaine passée, on a en effet appris que l’Europe allait dès le 14 juillet prochain augmenter le niveau d’autonomie autorisé sur les véhicules et passer au niveau 3, permettant ainsi aux conducteurs de vraiment lâcher le volant. Sous certaines conditions, bien entendu… Mais d’abord en Europe, pas encore en Suisse.

Conduire en lisant le journal

Alors avant de se pencher sur le pourquoi du comment, rappelons juste les bases de la conduite autonome. La SAE (Society of Automotive Engineers) a fixé cinq paliers technologiques, le premier étant principalement constitué d’aides avec toutes sortes d’alertes sonores et visuelles (pour les angles morts, les franchissements de lignes…) ainsi que d’un régulateur de vitesse adaptatif, et le dernier devant permettre à l’ordinateur de bord de prendre le contrôle de toutes les fonctions du véhicule, en toutes circonstances.

Jusqu’ici, seul le niveau 2 était autorisé sur les routes, combinant à la fois le contrôle de la vitesse et de la direction, permettant ainsi à la voiture de «lire» les panneaux de signalisation pour adapter sa vitesse en conséquence tout en étant capable de rester dans sa file, même dans les virages. Le tout, en sachant que le conducteur devait en permanence garder les mains sur le volant pour être capable de reprendre le contrôle de la voiture en cas de pépin.

Le niveau 3, lui, va plus loin puisque le conducteur pourra cette fois complètement lâcher le volant et même vaquer à d’autres occupations (surfer sur son téléphone, lire le journal, regarder un film…), tout en restant prêt à reprendre la main dès que le système le lui demande. Mais attention, sur des portions de routes bien précises. La voie de circulation doit d’abord être exempte de piéton et de cycliste, on doit ensuite y trouver une séparation physique entre les deux sens de circulation (barrière, terre-plein central…) et enfin, la vitesse maximale est fixée à 60 km/h. On l’aura compris, ces dispositions s’appliquent donc uniquement à une utilisation sur autoroute, et ce dans les embouteillages.

La question de la responsabilité

Cet été, les conducteurs européens qui voudront lâcher le volant sur la route des vacances devront donc soigneusement éviter la Suisse. «L’Europe est en avance sur nous pour ce qui est des questions de législation de conduite autonome et l’on doit maintenant attendre que le Conseil fédéral édicte, par voie d’ordonnance, des dispositions au gré des avancements sur le plan européen, nous explique Me Maëlle Roulet, avocate spécialisée en nouvelles technologies et membre du réseau des avocats de la route à Genève. La révision de la loi sur la circulation routière devrait faire l’objet d’un premier examen à la session de ce printemps mais pourrait prendre du temps jusqu’à son adoption finale par le Parlement fédéral. Le Conseil fédéral pourrait ensuite avoir besoin de plusieurs mois avant de régler les problèmes de responsabilité en cas d’accident».

Car autant les systèmes de conduite de niveau 3 sont une étape importante dans l’évolution de la voiture de demain, puisqu’ils sont les premiers à être considérés comme autonomes, autant ils soulèvent des questions délicates en termes de responsabilité. Qui, du conducteur, du constructeur ou de l’opérateur du système de navigation sera tenu responsable en cas d’accident si monsieur ou madame bouquine au volant, pendant que la voiture est en mode autonome?

«Jusqu’ici, continue Maëlle Roulet, quand un conducteur se retrouvait devant le tribunal après s’être par exemple fié à son ordinateur de bord pour les limitations de vitesse, alors que ce dernier s’est trompé, le conducteur était jugé responsable aussi bien pénalement que civilement, puisqu’il doit rester maître de son véhicule. La nouveauté du niveau 3, c’est que le Conseil fédéral devrait permettre de décharger le conducteur de sa responsabilité. Ce n’est pas parce que la voiture sera équipée d’un système automatisé que le conducteur ne sera plus responsable de rien, bien sûr. Les éventuels accidents seront analysés en détails pour estimer quelle est la part de responsabilité du conducteur, du constructeur où de l’opérateur. Mais ce sont justement ces questions qui restent encore à réglementer. En étant optimiste, je ne vois pas la conduite autonome niveau 3 arriver sur nos routes avant 2023».

Tesla à la traîne

Attention, toutes les voitures équipées d’une technologie de pilotage automatique ne sont pas encore homologuées pour un niveau de conduite 3. Actuellement, seuls deux constructeurs peuvent s’enorgueillir de posséder ce type de système: Honda, avec un modèle exclusivement vendu au Japon, la Legend Hybrid EX, et Mercedes-Benz, en Europe, avec son Drive Pilot, disponible pour ses véhicules haut de gamme, la Classe S et l’EQS électrique, que nous avions testé l’été passé.

BMW devrait se joindre à la danse dans le courant de l’année avec sa nouvelle Série 7 tandis que Volvo et Volkswagen, en partenariat avec l’équipementier Bosch pour ce dernier, prévoient de lancer leur propre système de conduite d’ici l’an prochain.

Quant à Tesla, non seulement son Autopilot n’est pas encore homologué niveau 3, mais surtout, face à la pénurie des semi-conducteurs, le constructeur américain a choisi, il y a quelques semaines, de retirer un des composants électroniques essentiels à la conduite de niveau 3 sur plusieurs dizaines de milliers de ses voitures. Le tout sans en prévenir les acheteurs, dévoilait la chaîne de télévision américaine CNBC il y a un mois.

Prochaine étape? Le niveau 4, sur lequel tous les constructeurs se focalisent déjà et dont certains spécialistes annoncent le déploiement d’ici 2030. Il devrait cette fois permettre une conduite entièrement autonome dans certaines circonstances, et ainsi autoriser le conducteur à piquer un roupillon ou à filer sur la banquette arrière pour changer les couches de bébé ou jouer avec les enfants.

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